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Paul BELARD poursuit sa saga états unienne en France

10 octobre 2022 Association
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Paul BELARD poursuit son récit de son début carrière aux Etats-Unis.

 

Voilà un chapitre où l'on peut mesurer l'écart entre la vie industrielle des Etats-Unis et la France dans les années 70.

 

Ecarts humain et social pour un " Michelin " qui découvre un monde nouveau.

 

 

"En juillet 1976 commence une des périodes les plus satisfaisantes de ma carrière. Après 6 mois passés à Chicago, modifiant les dessins et spécifications d’une usine d’Union Carbide qui va être construite en France, aux normes françaises, je suis envoyé à Paris.

 

Nous trouvons un appartement Boulevard Berthier dans le 17ème arrondissement, à deux stations de métro du bureau. Cela nous permet de pouvoir y aller en marchant en cas de grève.  Là, j’établis les appels d’offres, sélectionne les sous-traitants, évalue les offres et négocie les contrats.  Même en considérant que je suis un des seuls parlant français de l’équipe, la latitude qui m’est donnée pour choisir les sous-traitants me surprend un peu.

 

Les avantages collatéraux sont énormes. Pendant des mois, les déjeuners ou dîners qui suivent les négociations se passent dans les meilleurs restaurants de Paris. Ma connaissance des crus classés saute de quasiment zéro à un niveau qui me permet de ne plus passer pour un novice lorsque je dois donner mon avis sur la qualité d’un Gevrey Chambertin ou d’un Sauternes. Mon épouse et moi sommes invités aux Folies Bergères pour un show avec Line Renaud, au Lido avec ses fameuses Blue Bell Girls. 

L’usine en question fabrique les boyaux cellulosiques destinés au secteur de la saucisse. En clair, ce sont les formes qui servent à mouler les frankfurters, saucisses de Strasbourg et autres. Elle s’appelle d’abord Viscora, puis Viskase. Il est difficile d’imaginer la masse d’équipements nécessaires pour produire ces banals petits cylindres de viscose. 

 

Un des plus importantes phases de la fabrication nécessite des tuyauteries doublées de saran. Ce « polyvinylidene chloride » découvert par Dow Chemical résiste aux acides utilisés dans la confection du produit final. Le seul importateur européen est en Hollande. Je le rencontre d’abord à Paris. Il arrive dans une impressionnante Mercedes. Pour la première fois, je vois un téléphone dans une voiture,

 

Ce n’est pas chose courante en 1977. Il ne doit pas savoir qu’il est le seul fournisseur car il me demande sans complexe quel est le montant qui pourrait assurer qu’il pourrait lui « assurer » l’obtention du contrat. Je lui réponds que cela ne marche pas comme cela et que le contrat sera sélectionné en fonction des prix et de la qualité des services. Mais lorsque je vais en Hollande pour vérifier la livraison, je suis moins strict.

 

Ma femme m’accompagne. Nous partons vendredi matin. J’expédie la vérification en deux heures. L’après-midi, notre guide nous réserve une suite dans un hôtel avec une magnifique vue sur les eaux grises de la mer du Nord.  La soirée est passée dans un restaurant indonésien où nous dégustons une trentaine de plats d’une délicatesse surprenante déposés tous en même temps sur la table. Le lendemain, nous visitons la Venise du Nord, Amsterdam et ses canaux, puis le magnifique Rijks Museum. Un excellent restaurant termine cette journée mémorable. Dimanche matin, visite à Delphes et ses faïenceries renommées, puis départ pour Paris dans l’après-midi.

 

Ce week-end aux frais de la princesse n’est pas unique. Il y en aura d’autres, notamment un en Alsace qui nous a fait découvrir maints trésors médiévaux de cette province, outre ses vins et ses plats régionaux.

Entre-temps, je dois retourner aux Etats-Unis pour ne pas perdre mon visa. Je passe une semaine chez mes beaux-parents, Dorothy allant chez mon frère en banlieue.   

Le travail est très agréable. Les Américains en charge du projet sont des interlocuteurs auxquels il est facile de parler. Ils écoutent mes suggestions, en acceptent quelques-unes, ne se mêlent pas de la sélection des sous-traitants. Le chantier est dans la ville de Thaon-Les-Vosges, nom approprié car il se situe justement dans cette région.  

 

Je profite de mes soirées à Paris pour suivre des cours de reliure dans un atelier dirigé par la réputée Paule Ameline. J’ai l’amour des livres. Je passe des heures passionnantes dans cet endroit magique, avec ses outils exotiques, l’odeur de la colle et du cuir, les feuilles d’or utilisées pour les titres et les dorures. Leur finesse est si extrême que le mouvement d’air résultant de la respiration les brise et les fait s’envoler ; pour saisir les parcelles et les appliquer sur le cuir, on m’enseigne les astuces du métier : il faut passer le bout d’un doigt sur une narine pour en récupérer un peu de la matière graisseuse qui la recouvre et l’appliquer sur le morceau d’or pour le transposer sur la reliure.

 

Une autre : comment savoir quand l’outil est à la bonne température pour fixer l’or sur le cuir : le poser sur un monticule de tissus mouillés ; lorsque le grésillement cesse, il est prêt. Ces méthodes qui remontent au Moyen-Age me fascinent, un vrai trait d’union avec les moines qui réalisaient les premières reliures dans leur monastère. J’ignorais à ces moments ce que cet enseignement serait une excellente source d’appoint pécuniaire non négligeable aux U. S.

Lorsque la construction démarre à plein, il y a des réunions toutes les deux semaines sur le chantier. Puis, plus elle avance, plus de temps est passé sur le site. Dorothy est enceinte depuis quelques mois. Nous décidons qu’un retour aux U. S. est plus prudent que de rester seule à Paris. Notre employeur lui paie un billet en première classe pour lui permettre un voyage confortable. Cette attention est très appréciée.

 

J’adore être sur le chantier. Problèmes à résoudre parfois, mais surtout la concrétisation de ce qui a été mis sur les plans. Quelle satisfaction de voir s’ériger en trois dimensions ce qui est exprimé en deux sur les dessins.

 

Les essais se déroulent bien. Les sous-traitants que j’avais sélectionnés me traite comme un coq en pâte. Excellents gueuletons et cadeaux par ci, par ça. Je fais une provision d’eau de vie qui va fournir toute la famille. 

 

Une fois le projet mené à terme, on m’offre de rester à Paris ou de retourner à Chicago. Je rejette ces deux possibilités. Nous voulons rester à Long Island, près de la famille de ma femme. Je décroche un job avec la filiale d’une société française à New York, avec le titre Marketing Manager.  Je ne sais trop ce que ce titre signifie, mais rentrer aux U.S. avec un travail me satisfait pour l’instant. 

 

Me voici de retour au nouveau monde, avec un job et un évènement qui va bientôt agrandir la famille.

 

Heureusement pour nous, je n’avais aucune idée de ce que le monde des affaires américain allait nous offrir de meilleur et de pire au cours des dix années à venir". 




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