Actualités

Partager sur :

Paul Bélard évoque la vie sociale aux Etats-Unis

20 septembre 2023 Association
Vue 282 fois

Paul BELARD, GM 1969, évoque sa vie professionnelle aux Etats-Unis depuis 1970.

Il revient sur la manière dont sont traités tous les employés dans ce pays. Du plus humble aux cadres supérieurs la vie n'est pas simple. 

J'avais marqué d’une pierre blanche l'année 1976. J’étais resté 5 ans chez Michelin. Mon record de longévité dans une entreprise est battu.

 

15 ans après, je commence ma sixième dans la compagnie des téléphones.

 

La concurrence est devenue plus sévère, les profits en souffrent et les licenciements se multiplient.  Ce qui m’a plaisamment surpris, c’est que pour une fois, je n’ai pas été victime du credo des entreprises américaines « le dernier arrivé est le premier sacrifié ». Deux actions sont mises en place pour en contrecarrer les effets des compétiteurs.

 

La première est classique, réduire le nombre d’employés. Elle se fait avec une petite variation ; puisque les travailleurs protégés par leurs syndicats et leurs contrats sont intouchables, la chair à canon vient des cadres moyens. Depuis plusieurs années, des coups de vent nocifs balayaient l’entreprise de temps à autre et un certain nombre d’employés étaient emportés. Ces mesures sparodiques ne se révélaient qu’être des emplâtres sur une jambe de bois. Il fallait frapper un grand coup.

 

Toutefois, pour une compagnie qui n’avait pas licencié un grand nombre d’employés pendant presqu’un siècle, cette mesure semblait poser un certain cas de conscience. Pendant des mois, les rumeurs les plus fantaisistes circulent, mais elles semblent toutes avoir un point commun, ce plan va être très agressif. Allais-je survivre ce prochain raz de marée ?

 

La seconde est dans « l’union fait la force ». En 1974, New York Telephone fusionne avec New England Telephone et la nouvelle entité devient NYNEX. Ce genre d’accouplements continuera pendant plusieurs années, tant et si bien que le monopole d’ATT que le Justice Department avait brisé au début des années 1980 dans le cadre de la loi Antitrust (voir chapitre précédent) se reconstruit petit à petit en deux ou trois monopoles, certes en versions abrégées.

Le plan de réorganisation est enfin révélé. Il est baptisé d’un nom qui laisse beaucoup perplexes ; « the Six & Six offer ». Lorsque les détails sont connus, certains employés ont du mal à y croire. Le plan ajoute six ans à leur durée de service, plus six ans à leur âge. 

 

Un bon nombre de ces vieux de la vielle qui attendaient patiemment la retraite avec l’énergie de morts en vacances comme on dit au Québec se sentent revigorés. D’un seul coup, avec ce plan, la retraite qui était encore des années au loin leur tombe dessus comme une manne venant du ciel.  Cette mesure était vraiment un cadeau inespéré pour beaucoup. 

 

Le résultat de cette offre est un énorme exode de personnel. Qu’est-ce qui a incité l’entreprise à offrir des termes si généreux reste un mystère.  Probablement, c’était la première mesure pour aiguillonner les employés à quitter en masse et elle tâtait le terrain. Peut-être que les réactions des syndicats, bien qu’ils ne soient pas concernés pour l’instant, mais qui pouvaient déjà entrevoir qu’un jour prochain, ils seraient aussi ciblés, encourageaient certaines précautions.

 

Malheureusement, il ne fallut pas longtemps aux stratèges en charge des licenciements pour réaliser qu’ils n’avaient pas besoin d’être aussi charitables. Après avoir senti l’odeur du sang, les réductions de personnel suivantes furent de moins en moins bénéfiques.

 

Il a été mentionné plus haut que deux actions étaient en place pour combattre les pertes de revenus. Il y en avait une troisième qui apparut soudainement et sournoisement dans un email envoyé pendant la nuit. Quelle ne fut pas la surprise de découvrir, après avoir ouvert son ordinateur dans la fraîcheur du matin, que la compagnie cessait brusquement le plan de retraite.

 

Ceux en vigueur restaient mais la compagnie ne cotisait plus. Les nouveaux employés devaient placer une part de leur salaire s’ils voulaient avoir des fonds quand ils prendraient leur retraite. Les membres des syndicats qui avaient combattu pour ces avantages sociaux devaient se retourner dans leurs tombes. On revenait au 19ème siècle, à l’époque du capitalisme indompté.

Il faut reconnaître que l’entreprise n’a pas caché que cette décision était motivée par des questions monétaires.

 

Elle a indiqué dans l'email que "la restructuration devrait permettre de réaliser des économies nettes avant impôts d'environ 3 milliards au cours des 10 prochaines années". Ces épargnes allaient aussi certainement alimenter les primes de fin d’année des pontes. 

 

Même si cette nouvelle a d’abord été reçue comme un coup de pied perfide dans les parties intimes, ce qui m’a le plus frappé, c’est l’absence de réaction des employés. Mes collègues acceptent ce nouveau coup bas avec une passivité fataliste qui me sidère. Oui, ils étaient en colère ; oui, ils poussaient des grommèlements ici et là, oui, ils étaient découragés. Pourtant, au-delà de quelques mots choisis, il y a eu une absence totale de réaction au long cours.

 

Lors de mon premier emploi chez Michelin, j'étais ingénieur et membre d'un syndicat. Je ne peux m’empêcher de penser à ce qui se serait arrivé en France si une entreprise avait traité ses employés de cette façon. Descente immédiate dans la rue, siège des bureaux de la direction ? Ces travailleurs n'ont pas peur d'exprimer leur mécontentement. Ici, rien de cela ! Encore un haussement d’épaules résigné qui semblait confirmer que les cadres moyens étaient intrinsèquement « foutus » et que ce clou ajouté au cercueil n’était pas inattendu.

 

Y a-t-il quelque chose dans le caractère de l’américain moderne moyen qui annihile la capacité à contester l’autorité des entreprises ? Même Abraham Lincoln a reconnu l’importance du travail lorsqu’il déclarait : « Le travail est antérieur et indépendant du capital. Le capital n’est que le fruit du travail et n’aurait jamais pu survivre si le travail n’avait pas existé au préalable. Le travail est supérieur au capital et mérite une considération bien plus élevée ». La dernière phrase doit être bien sûr contestée. Je soutiens que celui qui a inventé le téléphone mérite une plus grande considération que ceux qui l'ont mis en œuvre par la suite. Toutefois, cela ne doit pas conduire à un mauvais traitement des travailleurs.

 

Il y a un siècle, les travailleurs s’organisaient contre les excès du monde des affaires. Les exemples abondent de vies perdues dans des luttes qui ont opposé les travailleurs aux propriétaires pour des droits désormais considérés comme acquis, comme la semaine de quarante heures et l'élimination du travail des enfants pour n'en citer que deux.

Dans ce paragraphe, je m’apparente aux travailleurs américains.

 

Sommes-nous devenus apathiques ? Ou est-ce le résultat d’avoir trop à perdre, peut-être ? Il existe une théorie selon laquelle si on laisse tomber une grenouille dans de l’eau bouillante, elle en sort immédiatement. Par contre, placez-la dans de l'eau froide, faites chauffer lentement et elle ne bougera pas jusqu'à ce que l'eau commence à bouillir pendant qu’elle est cuite vivante. Au fil des années, étions-nous devenus ces grenouilles ?

 

Avons-nous subi un tel lavage de cerveau avec l'individualité robuste du cow-boy qui survit de son propre gré dans le Far West ? Ce que nous semblons oublier, c'est que ce cow-boy est libre car il n'a rien à laisser derrière lui. Ses affaires tenaient dans les sacoches accrochées au flanc de son cheval. Oublions la mystique du cow-boy. Ce que nous avons acquis, c'est la mentalité de troupeau. Nous aimons penser que nous sommes toujours des chevaux sauvages, mais oubliant les œillères qui nous couvrent les yeux, nous laissons quelques cowboys intelligents nous conduire là où ils veulent que nous allions.

 

Je suis surpris que les syndicats n’aient pas profité de ces périodes de troubles pour essayer d’attirer les cadres moyens dans leurs rangs. Nous étions désabusés, démoralisés, bref, de parfaits candidats. Certains cadres avaient bien tenté de syndiquer leurs collègues ; ils avaient rapidement disparu, certainement limogés.

Afin de compenser l'exode massif qui suivit l’offre Six & Six, une première grande tentative d’ " outsourcing ", d’externalisation a été mise en place.

 

Une société de gestion de construction, ou CM, pour « Construction Manager », comme elle a été dénommée, a été embauchée pour aider à la gestion des projets de construction. Une équipe d’amateurs a été mise en place pour gérer la transition. L'une des caractéristiques manifestes de cette équipe était son aversion pour tous les spécialistes, ingénieurs et architectes compris. Cela suivait une tendance qu’il était difficile de ne pas remarquer depuis mon embauche ; le dénigrement incessant et systématique du personnel technique du département. Cette répulsion n’était pas complètement injustifiée.

 

Lors de mon embauche, une purge était en cours dans le département de construction. Une enquête avait commencé pour examiner les manigances de deux salariés. Il semblait que ces travailleurs entreprenants et créatifs, même s'ils n'étaient pas très honnêtes, avaient trouvé le moyen d'augmenter leurs revenus en demandant des pots-de-vin aux architectes et sous-traitants. Bref, ils avaient transformé le département en leur propre DAB. Ils avaient été rapidement expulsés, mais dans l’esprit de certains la marque de Caїn souillait toujours le département. Davantage d’informations figureront dans le prochain chapitre.

 

Né dans le Cantal à la fin de la seconde guerre, Paul BELARD GM 1969, rejoint enfant la banlieue parisienne puis habite Clermont-Ferrand avant de partir vivre aux Etats-Unis,

 

Paul Bélard, ingénieur de métier, a déjà écrit plusieurs ouvrages autobiographiques. Derrière ses souvenirs, s’esquisse le Nogent-sur-Marne des années cinquante et soixante.

Récemment en consultant sa bibliographie, je viens de voir que Paul vient de concocter plus de 25 ouvrages consacrés à Elvis.

 

Il vient de m'indiquer que  "Oui, j’ai toujours été un fan d’Elvis. Depuis que je suis à la retraite, j’ai décidé de retracer sa carrière principalement en photos, en essayant de les situer avec date et lieu, ce que peu d‘ouvrages font.

 

Il y en a tellement, parfois je peux faire un livre de deux cent pages juste sur ses activités d’un seul jour. J’ai aussi écrit sur son amour des gospels, sur le fait que, contrairement a ce que croient certains , il n’était pas raciste, bien au contraire. En fait, quand il était très jeune, sa famille était si pauvre qu’elle a habité dans un ghetto noir. C’est là qu’il s’est imprégné du blues et des negro spirituals.

 

Plus de 25 livres ont déjà été publiés sur Amazon. Parfois, je m’éloigne de sa carrière pour couvrir d’autres aspects de sa vie. Il aimait les belles choses, les bagues, les montres. Ses choix se situent entre le mauvais goût et le  magnifique ! Trois livres en ont résulté. Ils marchent très bien."

 

Le diplôme ENISE ouvre plein de portes ! ! ! 

 




J'aime

Aucun commentaire

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire. Connectez-vous.