Actualités

Partager sur :
09 juin 2021
Dossiers

Un bel et long parcours d'études en Génie Civil

Vue 309 fois

Pierre LEHER, GC 1978, a un parcours exemplaire d'un ingénieur d'études en Génie Civil.

Exemplaire car sorti en 1978, il a connu toutes les évolutions d'un métier qui a évolué tant par l'aspect humain et par l'aspect technique, sans oublier les types d'ouvrages sur lesquels il a travaillé.

Il a ainsi pu former des étudiants de l'ENISE sur les calculs des ouvrages d'art.

Je vous laisse en sa compagnie :

Mon parcours scolaire

Après avoir accompli un cycle IUT, j’ai intégré l’ENISE en 1975 en section Génie Civil. Je ne savais pas ce que je voulais faire exactement, mais continuer mes études était pour moi nécessaire. J’ai donc effectué une année dans les locaux du lycée Mimard et le reste rue Jean Parot dans cette école toute neuve.

Bien sûr, je n’ai pas trouvé tous les cours intéressants, (manque de clarté pour certains), bien sûr certains profs ne m’ont pas convaincu (manque de pédagogie), mais je dois dire que la majorité des enseignements ont été de bonne qualité. J’ai senti pour beaucoup d’entre eux ce besoin d’apprendre aux autres. (Je n’oublie pas le directeur Victor Martino qui a fait beaucoup pour l’ENISE et pour les élèves).  Et puisque l’on parle des cours, c’est là, que vous apprenez à aimer ou pas une matière et cela peut changer vos idées ou vos orientations de façon assez radicale.  Pour ce qui me concerne, j’ai trouvé les cours de RDM (et de construction métallique, enfin ce qui y ressemblait) clairs et compréhensibles, ce qui fait que j’ai cherché à en savoir plus dans ce domaine. J’ai effectué un stage dans le bureau d’études de construction métallique d’un ancien de l’ENISE formation GM (Alain Devidal à Roche la Molière) et cela a suffi pour me convaincre de mon choix. Certaines orientations dans la vie tiennent à peu de choses !

A la fin de ma scolarité à l’ENISE, j’avais une forte envie de faire le CHEM, car on nous avait dit que c’était le top pour une spécialisation, et c’est vrai que faire le CHEC était perçu comme une voie d’excellence. Victor Martino, lui-même, nous poussait dans cette direction.  J’étais bien classé dans la promo (mais en travaillant beaucoup tout de même !) ce qui fait que ma demande a été appuyée par l’ENISE auprès du CHEC, que j’ai intégré l’année d’après en 1978. Nous étions trois dans la promo à faire le CHEC, 2 CHEBAP et 1 CHEM.

Mon année au CHEC (à l’époque situé à Paris 15 ème) a été très bénéfique : étudier pendant une année la construction métallique, avec comme profs des ingénieurs de renommée nationale, ça vous donne une autre dimension. En plus, vous êtes avec des élèves de différentes écoles ce qui vous permet de vous situer. Je n’ai pas connu de problèmes financiers (j’ai eu la chance d’avoir un logement gratuitement à côté de l’école), je dis ceci car j’ai connu des étudiants qui ont renoncé au CHEC pour des raisons financières : pour ma part, j’encourage ceux qui le souhaitent à le faire, malgré tout, même au prix d’un effort financier (prêt bancaire), car, vraiment, cela en vaut la peine.

Pour conclure sur ces années d’études, je dirais que l’ENISE m’a donné un bon socle de connaissances techniques et m’a servi de tremplin pour le CHEC.

Mon parcours professionnel :

A la sortie du CHEM, je n’ai pas cherché du travail, car c’est le travail qui est venu à moi : en effet un directeur de bureau d’études est passé au CHEC, pour recruter un élève. (faire son marché comme il disait), il n’était pas le seul d’ailleurs.  Le poste était à Clermont Ferrand. (un poste à la campagne pour un salaire parisien, disait-il !). Je pense que ce scénario ne peut plus se produire aujourd’hui, les choses ont bien changé, mais malgré tout, je constate que le CHEM reste très demandé.

 Je me suis donc retrouvé dans un bureau d’études, qui est devenu INGEROP par la suite, mais qui s’appelait SEER à l’époque.

J’y suis resté 7 ans : je faisais partie du service « construction métallique ». Ce bureau d’études, (filiale de SEEE) qui a été créé au départ pour les besoins d’études de Michelin s’est diversifié par la suite. Nous travaillions soit en équipe sur des grosses opérations qui pouvaient durer 1 à 2 ans (équipe de 5 à 7 personnes environ, avec un chef de projet), soit en individuel sur des petits projets. La plupart des affaires étaient des études d’exécution dans le domaine industriel cad que l’on faisait les calculs et plans d’exécution à partir d’un projet. Ainsi, le bureau a réalisé les études d’usines complètes Michelin au Brésil, au Canada, aux Etats Unis, en France. Les études des usines à l’étranger étaient faites avec les règlements étrangers. J’ai donc utilisé les règles américaines, brésiliennes, espagnoles entre autres. Petite précision : les règles de l’époque étaient beaucoup plus simples que les Eurocodes, cela tenait en une centaine de pages. Également une centrale à charbon en Inde, une cimenterie au Maroc, pour ne citer que quelques affaires.

Toutes ces études étaient en ‘exe’, comme on disait, donc on ne voyait que le côté calculs et dessins de ces affaires. Je veux préciser qu’il n’y avait qu’un ordinateur pour tout le bureau à mon arrivée en 1979, 150 personnes environ, qu’il fallait faire la queue pour passer son fichier à l’ordinateur, que les calculs se faisaient à Paris, au siège via Transpac , que le passage était payant et facturé du siège au bureau de province.

  

Les années suivantes se sont passées à Marseille, toujours à SEEE (INGEROP aujourd’hui). Cette mutation, faite à ma demande, a pu se réaliser car à l’agence de Marseille il manquait un ingénieur ‘structures métalliques’. Cette nouvelle affectation a duré 5 ans jusqu’en 1993. Là aussi, il s’agissait de participer à des projets de plus ou moins grandes importances : je ne citerai que les usines de traitements d’ordures ménagères que nous avons étudiées en Angleterre pour le compte de CNIM à la Seyne sur Mer. La plupart de ces projets étaient du revamping qui est la transformation d’usines anciennes pour mettre en place un process plus moderne. J’ai beaucoup apprécié ce type de projets, car il fait appel à un sens pratique de la gestion d’une situation plutôt qu’à des calculs sophistiqués. 

Puis en 1990, j’ai été confronté à une étude d’un genre nouveau pour moi : un pont mixte. Je n’avais jamais étudié un pont, je ne savais pas grand-chose à ce sujet.

En 1991, je suis parti rejoindre un BE spécialisé en structures métalliques comme associé mais cette expérience n’a pas été concluante, je suis retourné à Marseille en 1993 comme ingénieur conseil. A partir de cette date, j’ai créé le bureau, BEPL, qui a existé 27 ans jusqu’à fin 2020 , date à laquelle j’ai pris ma retraite.

Durant toutes ces années, j’ai travaillé, entre autres, assez souvent avec mon ancien employeur, SEEE puis INGEROP, lorsque des sujets de structures métalliques se présentaient à lui. Mais parallèlement, à cette époque se développaient de plus en plus les ponts mixtes, et c’est « un peu par hasard » que j’ai rencontré la société Matière qui commençait à cette époque son activité de ponts mixtes. De fil en aiguille, au début tout doucement, puis de plus en plus souvent, j’ai été amené à répondre à des études d’exécution d’ouvrages mixtes pour cette entreprise, au point qu’il a fallu que j’embauche un ingénieur et un projeteur pour répondre à la demande. Cette collaboration a duré vingt ans, jusqu’au moment où Matière a embauché un staff d’ingénieurs suite à la mise en liquidation d’un major de la construction métallique.

Durant ces années, j’ai réalisé un nombre important d’études de ponts mixtes en exécution, en projet, en visa, si bien que mon activité s’est concentrée principalement autour des ouvrages d’art.

Je me suis également formé pour réaliser les études de lançage, toujours pour Matière. J’ai également réalisé des études pour Eiffel construction métalliques à Lauterbourg, VINCI, URSSA en Espagne. Les années 1995 à 2015 ont été pour moi de belles années.

Je peux citer, entre autres un pont en conception-réalisation pour le compte de Matière : il s’agit du pont sur la Dordogne à Bergerac, construit en 2009. Portées 126 m et 80m. Hauteur des poutres sur pile 5.00m, et 3.50 m sur culées. 126 m pour une travée de rive, on est aux limites réalisables pour ce type d’ouvrage. Cet ouvrage a été lancé sans problèmes et j’ai encore en mémoire le vin et les petits fours servis en fin d’opération en présence des acteurs et des élus. Les lançages, ce sont toujours des moments un peu particuliers, c’est spectaculaire, le risque d’accident existe : ils attirent les riverains prévenus par la presse.

Le pont sur l’Isère à la hauteur de Izeron est un très bel ouvrage, construit en 2011 , constitué de deux consoles en béton précontraint , reliées par un ouvrage mixte en caisson bi-articulé, de portée 70.00m

la mise en place du pont avant lançage

 

Pour finir sur des exemples de projets réalisés, je peux citer une opération de bâtiment : il s’agissait de construire un immeuble de standing à Monaco (VINCI est le constructeur), et compte tenu du manque de place, il n’est pas envisageable de ne pas prévoir de garages. Sur cette affaire, l’architecte a prévu 7 niveaux souterrains de garages avec ascenseurs à voitures. Il a fallu creuser une excavation entre 2 immeubles existants en maintenant les parois par un jeu de liernes et butons, puis remonter en bétonnant au fur et à mesure les dalles des parkings. Ci-joint une photo montrant ce chantier de grande ampleur.

Comment je vois l’ENISE aujourd’hui :

Les murs n’ont pas bougé (et encore ce n’est pas tout à fait vrai, puisque l’entrée a été entièrement rénovée, la cafétaria a été construite). Mais pour le reste, évidemment, c’est différent. En 1975, pas un seul ordinateur, les structures se calculaient à la main (méthode de Cross et Kani), les plans se faisaient à la mine, au Rotring. Au fur et à mesure que les années passent, on ne voit pas les choses évoluer, mais si on jette un regard 45 ans avant, le choc est là. Les choses se sont nettement compliquées (Eurocodes, informatique, logiciels divers pour le moindre calcul, TOEIC), les défis à venir ne manquent pas (maquette numérique, impact écologique, bilan carbone), le nombre d’années de formation restant constant, comment fait-on pour tout mettre tout ça dans le même panier ? A mon sens, difficile de rester généraliste et pointu.

J’ai accueilli des stagiaires qui ont travaillé sur les ponts mixtes, (ce qui me permet de voir l’évolution de l’enseignement), j’ai rencontré les profs de génie civil, je participe au bridge challenge, j’interviens en tant qu’enseignant vacataire, bref j’ai gardé un certain contact avec l’école. Je vois ces profs de matières techniques qui font les choses bien et cherchent à faire mieux encore. 

La formation GC a aujourd’hui 50 ans, donc un âge mûr, elle est différente de celle que j’ai connue tout en étant la même. Chez les anciens, on voit de tout : des ingénieurs travaux (beaucoup), des ingénieurs d’études, des managers, des entrepreneurs, des enseignants, des commerciaux, des aventuriers (mercenaires ?) sur des chantiers dans des pays à risques, j’en ai connu un ! : l’ENISE est un socle, ni plus ni moins, mais indispensable.

Pierre LEHER

 

 




3
J'aime

Commentaires

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire. Connectez-vous.